Renoncer à une libération conditionnelle au Québec : entre les contraintes d’une mesure et l’expression d’un pouvoir d’agir
Depuis plusieurs décennies, de nombreux auteurs évoquent un engouement en matière d’intervention sociale à l’égard du pouvoir d’agir – ou empowerment – des personnes les plus vulnérables de la société (Parazzelli, Bourbonnais, 2017 ; Bourbonnais, Parazelli, 2018). Les services correctionnels du Québec comme la Commission québécoise des libérations conditionnelles n’y font pas défaut et les concepts de responsabilisation et de mobilisation en matière de changements personnels sont au cœur du processus d’octroi d’une libération conditionnelle. Toutefois, les données statistiques annuelles montrent que près de la moitié des personnes incarcérées renoncent à solliciter une telle mesure, et par-là à bénéficier d’une sortie anticipée.
Cet article propose de réfléchir à ce phénomène à l’aune de la question de l’empowerment dont disposent, ou non, les personnes incarcérées durant leur prise en charge correctionnelle. Notre recherche montre ainsi que ces dernières se trouvent confrontées à de très nombreuses contraintes – que ce soit en termes de choix et d’adéquation du suivi ; en termes de ressources et de moyens d’action accessibles, ou encore en termes de reconnaissance de leurs capacités. Toutes ces barrières sont génératrices d’impuissance et sont en contradiction avec l’approche visant à favoriser le pouvoir d’agir.
Nous concluons en considérant que la renonciation à la libération conditionnelle est l’expression de cette impuissance, voire peut-être la seule façon pour une personne incarcérée de garder un certain pouvoir d’action sur sa propre vie.
- LIBÉRATION CONDITIONNELLE
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